Histoire de la faïence à Desvres

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L'Echo du Mont Hulin était le journal local de Desvres et du canton.

L'Echo du Mont Hulin n°542 du 4 août 1906.
"SUPPLIQUE de Jean-Frnçois Sta, sollicitant le monopole de la fabrication de la faïence"

Aux Industriels créant un nouvel établissement d'utilité publique notoire, l'ancienne royauté accordait un privilége. C'est-à-dire qu'à l'exclusion de tous celui qui était favorisé du monopole pouvait seul fabriquer pendant un nombre d'années déterminé, dans un rayon délimité. C'était une prime à l'initiative et au progrès. Sans cela on n'eut pu paraît-il acclimater en France certaines industries qui nous manquaient et l'argent eut continué à sortir du pays.
Débarrassé du cauchemar de la concurrence, le privilégié allait de l'avant, ne regardait à rien pour le perfectionnement de son outillage et de son personnel et le bien général résultait de cet avantage concédé à un particulier.
Le privilège ne s'octroyait d'ailleurs que discrètement, à bon escient, le plus rarement possible avait dit Colbert parce que selon son expression "il contraignait toujours le commun et la liberté publique."

Toujours est-il que Jean-François Sta, soucieux de donner à sa fabrication tout développement et l'éclat possible, adressa requête au roi pour obtenir cette faveur.

Voici la copie de cette intéressante pièce. Je regrette qu'elle ne soit pas datée.

"Au Roy et à nos seigneurs de son Conseil.
Sire, supplie humblement Jean-François Sta demeurant en la ville de Desvrenne, gouvernement de Boulogne-Sur-Mer, disant que les habitants du Boulonnois manquant de plusieurs choses qu'ils ne peuvent tirer à grands frais de l'Etranger et ne trouvant pas dans la culture des terres, dans les productions de ce pays suffisamment de quoy subsister, il n'est pas douteux que plusieurs espèces de manufactures qu'on y pourroit former sans que jusqu'ici on ait pu y réussir ne donassent de l'ocupation à ces hatitants, qui en les faisant vivre leur procureroient encore l'avantage de trouver chez eux une partie de ce dont ils ont besoin, qu'ils pourroient même répandre chez leurs voisins et par là se procurer des branches de commerce dont le progrès leur seroit dans la suite très avantageux.

L'espérance de succès et du bien public ont porté le suppliant à faire plusieurs spéculations et à tenter l'entreprise d'une manufacture de Fayance en la ville de Desvrenne.

Plusieurs avant lui avoient inutilement fait la même tentative, lui-même a échoué dans les premières épreuves qui lui ont beaucoup coûté avant de pouvoir donner à la fayence le degré de perfection auquel il vient d'atteindre.

Le Privilège exclusif que désireroit obtenir le suppliant paroit inséparable de l'établissement de sa manufacture.

En effet s'il n'obtenoit cette grâce d'autres pourroient faire la même entreprise dans le même endroit ou dans les environs ce qui non seulement lui feroit perdre le fruit de ses travaux et de ses dépenses mais encore qui feroit manquer ces manufactures, qui en faisant sa ruine et celle de ses compétiteurs priveroit de la vie un grand nombre d'ouvriers qui se trouveroient ainsi fort à plaindre.

La ville de Desvrenne n'ayant donc aucune ressource ni aucune sorte de commerce quoique très peuplée de gens dont la plus grande partie est sans Biens et sans Métiers, on ne peut disconvenir que la manufacture de Fayance que le suppliant se propose d'établir et procureroit un double avantage en ce qu'elle formeroit déjà une branche de commerce jusqu'ici inconnue dont le produit verseroit d'abord dans cette ville en occupant plusieurs manouvriers, qui trouvant dans un travail continu de quoi subsister eux et leurs familles cesseroient d'être à la charge de la société.

Ainsi de quelque manière que l'on envisage l'établissement d'une manufacture en la ville de Desvrennes, il ne peut en résulter que les avantages réels sans parler de la consommation de bois des forets du roy qui sont dans la banlieue de cette ville, relevant directement de sa majesté à cause de son ancien château dont on voit encore les vestiges.

Le suppliant ose espérer avec confiance que sa majesté toujours sensible et attentive au Bien de ses sujets daignera confirmer cet établissement par des lettres patentes qui lui accorderoient un privilège exclusif de faire de la fayance dans le Boullenois pendant quarante ans."

Article signé "G.D."

Cet article est riche d'enseignements. Il nous apprend que Jean-François Sta n'est pas le premier à avoir tenter l'expérience de la faïence à Desvres. Les Boulongne et probablement d'autres potiers l'ont également tentée. Mais comme l'explique Jean-François Sta : ceci nécessitait des moyens financiers que n'avaient probalement pas les potiers desvrois
Pour que son entreprise soit viable, Jean-François Sta a besoin de ce monopole.
L'a t-il obtenu ?

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